Montaigne rendu aux siens. Tome 2

bouvier_montaigne« Montaigne est un sceptique qui soutient ne rien savoir », voilà ce qu’on tire ordinairement de l’énorme Apologie de Raymond Sebond qui est au centre du livre II des Essais, affirmation péremptoire qu’on illustre en citant la fameuse formule fichée au cœur de cet essai comme l’aiguille d’une balance : « Que sais-je ? »

Il est pourtant bien maladroit de réduire ce livre II à son chapitre XII, encore plus malheureux de croire exprimer la pensée si riche de Montaigne par une formule, dont d’ailleurs le sens est nettement équivoque. C’est, hélas, ainsi que fonctionnent trop d’analyses, par réductions successives, alors que les Essais sont une de ces œuvres vivantes, organiques qu’on ne saurait traiter comme un bouillon, mais dont il convient d’abord de reconnaître l’organisation vivante.

Si on accepte donc l’idée que le livre II des Essais est, comme le livre I, une machine habilement composée pour s’animer sous nos yeux, on peut espérer découvrir ce que Montaigne a voulu faire : offrir une arme « contre les athéistes » et montrer ce qu’elle vaut en combattant lui-même avec elle les présomptueux, les faussaires et les menteurs, toutes gens qu’il abhorre. On s’aperçoit encore que la lutte entreprise n’exprime pas seulement un engagement occasionnel, mais la continuation du vieux combat de la Sagesse pour que chacun sache prendre le pouvoir sur soi-même et préserver une liberté salutaire, aussi bien contre les hommes et leurs lois de circonstances que contre ses propres folies intestines. C’est à découvrir cela, et quelques autres épices qui assaisonnent ce plat « de haute graisse », que notre commentaire invite.

BOUVIER, Michel. – Montaigne rendu aux siens. Tome 2, Le grand coucher de l’universelle vanité. Commentaire suivi du livre II des Essais. – Paris : F.-X. de Guibert, 2008-05-05 ISBN : 978-2-7554-0250-6