Conférence d’Erika Thomas à Columbia

Après avoir présenté ses travaux en Amérique Latine, Erika Thomas, Professeur HDR, docteur en recherches cinématographiques et audiovisuelles à l’Université Catholique de Lille et directrice du Master Management de la Culture à la FLSH, a présenté le 16 avril dernier à New York une conférence sur « l’anthropologie du cinéma brésilien ». Une première ô combien enrichissante dans sa carrière d’enseignante.

erika-thomas-ny-13Est-ce une fierté particulière d’animer une conférence à New York ?

Une grande fierté, lorsque l’on parle de l’Université de Columbia et de New York, forcément on est très fière, lorsque j’ai appris la nouvelle je l’ai très vite partagée avec mes collègues de travail et mes amis. Les enseignants-chercheurs sont régulièrement amenés à présenter leurs recherches dans des colloques nationaux et internationaux et lorsqu’une telle occasion se présente, on ne peut être que satisfaite.

Grâce à un collègue brésilien Nelson Xavier, qui travaille sur l’axe anthropologique et esthétique de l’audiovisuel, je me suis retrouvée en contact avec l’Université de Columbia afin d’y présenter une conférence sur l’anthropologie dans le cinéma.

Vous avez animé votre conférence en anglais, est-ce une première pour vous ?

Lorsque je présente une conférence à l’étranger, j’essaie à chaque fois de présenter mes travaux en français ou dans ma langue maternelle, le portugais. Comme vous le savez, je suis née au Brésil. J’ai décidé de travailler mon anglais pour saisir cette occasion et être sûre de toucher un public plus large.

« L’anthropologie du cinéma brésilien », c’est un thème auquel vous tenez particulièrement ?

Oui, bien sûr, c’est un sujet qui me passionne depuis de nombreuses années. L’anthropologie du cinéma est une sous-discipline de l’anthropologie des médias. On a tendance à penser lorsqu’on parle de l’analyse de film, à l’approche esthétique, la lumière, les plans, le cadrage… L’approche esthétique va considérer tout ça pour évaluer le film en tant qu’œuvre d’art. Dans l’approche anthropologique, le film est considéré comme un objet culturel, un objet qui est traversé par des significations culturelles, un film qui nous permet de comprendre des systèmes de valeurs, de croyances et des idéologies. C’est une thématique qui m’est chère et que je développe depuis dix ans dans mes recherches.

Sur quel axe avez-vous orienté la conférence ?

Dans mon intervention, j’ai présenté un modèle d’analyse du cinéma brésilien que j’ai construit moi-même durant ma thèse de doctorat. Le Brésil, c’est une rencontre entre trois grands groupes humains, les noirs, les indiens et les blancs. J’ai beaucoup travaillé sur la présence ou la non présence des noirs et la quasi invisibilité des indiens alors même que dans cette cinématographie, on ne cesse de parler d’identité collective, c’est le grand paradoxe. Il y a une affirmation de l’identité collective alors qu’il y a des composantes de cette même identité qui sont complètement déniées. Je me suis interrogé sur ce que raconte le cinéma et pas forcément le documentaire.

Quel a été votre parcours ?

J’ai commencé mes études par de la psychologie, j’ai obtenu un bac+5 et je tiens à mon titre de psychologue – titre protégé- car j’ai été nourrie par cette première formation et encore maintenant, je ne cesse de faire référence à des concepts de psychologie sociale et de psychanalyse dans mes recherches. J’ai été pendant 17 ans psychologue dans l’Éducation Nationale et puis j’ai eu envie de reprendre des études. Un jour, en écoutant la radio, je suis tombé sur une émission où Hélène Puiseux, directeur de recherches à l’EPHE et prof à Paris 1 à l’époque, parlait de la représentation de la guerre dans le cinéma, j’ai été éblouie par sa façon de présenter ses recherches. J’ai donc refait un master cinéma à Paris 1 avant d’intégrer Paris 3 pour faire ma thèse avec Michel Marie où j’ai continué à travailler ces questions de l’identité au cinéma notamment au Brésil. J’ai enseigné à partir de 2004 à l’Université Catholique de Lille et j’ai continué à publier, à écrire des articles, des livres. J’ai passé une habilitation à diriger des recherches en anthropologie des médias en 2011 pour encadrer des doctorants à mon tour.

Quels sont vos projets après New York ?

Un colloque m’attend en novembre prochain à Venise à propos de la mélancolie. Je pars aussi dans un congrès à Prague. J’adore voyager et j’aime penser que le hasard – des colloques, des conférences, des congrès – guide mes pas à travers le monde ! Pour ce qui est de mes recherches actuelles, je suis aussi à la recherche de nouvelles pistes de réflexion, certaines choses m’interpellent dans le cinéma français notamment ce goût pour la représentation du mal-être, derrière les problématiques souvent dévolues au couple, de l’infidélité et du quotidien par exemple. Et puis il y a toute cette effervescence qui règne dans les universités de Santiago du Chili où l’on m’avait sollicitée pour un poste d’enseignant là-bas il y a quelque temps. Même si je suis bien à Lille et que je n’ai aucune raison de partir, je me pose des questions sur mes prochaines années, j’aime me laisser porter, voyons voir ce que nous réserve l’avenir…

Propos recueillis par Fabien DUPONT