Le water-polo, un sport dans l’ombre de la natation… et du handball

La natation, star des bassins, cache dans son ombre un sport encore bien trop méconnu, le water-polo. Sport d’équipe par excellence, ce jeu de ballon se place dans la même lignée que le handball en version aquatique. Tour d’horizon.

    Les joueuses réalisent des exercices pour travailler la justesse des tirs et des passes.

Les joueuses réalisent des exercices pour travailler la justesse des tirs et des passes.

A la piscine municipale de La Madeleine, deux fois par jour, l’équipe féminine de water-polo du Lille Université Club s’entraîne dans la plus grande discrétion. Pourtant, les heures d’entraînement passées à travailler la moindre passe, les différentes tactiques ou encore à mettre en place les mécanismes entre les joueuses ne sont plus comptées. Championne de France en titre avec le LUC, Géraldine Mahieu revient sur ce qui l’a poussée à choisir le water-polo : « On commence par la natation puis à un moment il y a un choix. Soit on part vers la natation de haut niveau avec ses entraînements obligatoires, ses sacrifices importants, ses quotas difficiles à respecter ou bien on prend un petit ballon et on va s’amuser avec les copines et au final on se prend au jeu. »

La joueuse a sa propre idée concernant le manque de visibilité dont souffre son sport et quant à son avenir : « Les enfants ne sont pas amenés à faire du water-polo, on ne leur présente même pas la discipline. C’est donc difficile de trouver un public mais ce qui va être encore plus problématique c’est que l’on aura du mal à trouver un vivier de joueurs en France tout au moins pour maintenir l’avenir du water-polo. » Pourtant ce jeu a tout pour être attractif : « C’est comme du handball dans l’eau, explique Géraldine Mahieu, qui évolue au poste de pointe. L’équipe se compose de sept joueurs avec un gardien qui porte le numéro un et un bonnet rouge pour le reconnaître. Il y a six remplaçants qui entrent à tour de rôle durant le jeu, il n’y a pas de nombre exact de changements autorisés. »

Des règles spécifiques à respecter

Chaque match est divisé en quatre périodes de huit minutes chacune avec deux minutes de repos entre les périodes et une mi-temps d’environ cinq minutes. Comme au basket ou au hand, les équipes disposent de temps morts, au water-polo il s’agit d’une minute par période. Mais le plus compliqué à déterminer et à expliquer, ce sont les délimitations du terrain : «  Il y a une ligne au niveau des deux mètres où on ne peut entrer si on n’a pas le ballon, détaille Géraldine Mahieu. Une autre ligne se trouve au niveau des cinq mètres, s’il y a une faute dans ces cinq mètres, on n’a pas le droit de shooter. »

Autre point sensible, celui des fautes commises dans le jeu : « Il y a des fautes qui sont faites souvent en pointe sur moi, précise la Lilloise, on obtient des exclusions, on appelle ça des fautes graves. Chaque joueur a le droit à trois fautes graves comme au handball. Une faute grave c’est par exemple quand le joueur n’a pas le ballon et qu’on l’assaille… Alors que, quand le joueur a le ballon, on peut lui faire tout ce que l’on veut. Il y a un sacré contraste. L’arbitre doit donc absolument voir s’il y a ou non le ballon. »

Une fois tout assimilé, il ne reste plus que de l’amusement et une détente sans limite. Championne de France et membre de l’équipe de France de water-polo, Géraldine n’en fait pas pour autant une affaire d’état, l’important est de s’amuser et de savoir que son avenir n’est pas forcément lié à ce sport : « Je suis actuellement en deuxième année d’ergothérapie. Le sport n’est pas toute ma vie. » Le water-polo est avant tout un exutoire, une sorte de récréation pour la jeune femme de 21 ans : « C’est juste du water-polo, on n’est pas dans le foot, personne ne nous prépare nos affaires. C’est certain que c’est impressionnant de chanter la Marseillaise lors de compétitions internationales, d’être dans un pays où tout le monde connaît le water-polo mais quand on revient en France, personne ne nous reconnaît, ce que l’on fait n’intéresse pas. On reste les pieds sur terre, on s’entraîne vraiment parce que l’on prend du plaisir. S’il n’y avait pas le plaisir et la passion, on aurait arrêté depuis longtemps. »

Alice TEMMERMAN et Stéphanie SCARNA