Le Café Signes, une initiative saluée haut la main

Concept visant à réunir autour d’une boisson sourds et entendants, le Café Signes s’est installé à Lille le temps d’un après-midi. Et pour sa deuxième édition lilloise, l’événement a eu lieu à l’ABEJ (Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse) de Capinghem. Un choix de lieu qui n’était pas dû au hasard. Zoom sur un événement humain placé sous le signe de l’acceptation de l’autre.

    Un mot est inscrit au tableau : aux entendants de trouver sa traduction en langue des signes.

Un mot est inscrit au tableau : aux entendants de trouver sa traduction en langue des signes.

C’est dans le quartier Humanicité que le Café Signes a tenu, ce vendredi 20 février, à rassembler autour d’une même table entendants et malentendants avec au menu l’apprentissage de la langue des signes. Isabelle Flamen, chargée de développement de projets pour Humanicité, explique l’objectif de la mission : « On a eu l’idée de créer un café signes ici parce que sur le quartier Humanicité, vous avez l’EHPAD, une institution spécialisée pour les sourds, sans oublier que vous avez des habitants qui sont du quartier et eux aussi sourds. L’idée, comme on a le projet de faire vivre ensemble la communauté de vie du quartier, c’est de faire une action autour d’un café pour créer des liens, des échanges ».

« La peur de l’autre est un cap qu’il faut surmonter »

Quand on demande à Isabelle Flamen comment le public peut réagir aux Café Signes, la réponse ne laisse pas de place au doute : « C’est très apprécié, la première édition qui a eu lieu en octobre a réuni beaucoup de monde, sourds comme entendants ! Quand j’ai demandé s’il fallait réitérer, j’ai eu un oui général ». Si mettre en place le concept de Café Signes suscite aujourd’hui autant d’engouement c’est aussi parce qu’il permet de surmonter « la peur, celle de l’autre, celle de ne pas être compris, de ne pas pouvoir s’exprimer. Cette peur, il faut la surmonter et une fois qu’on franchit cette barrière, tout tombe et on s’aperçoit qu’on communique simplement. Le Café Signes permet à des personnes malentendantes de transmettre le langage des signes à des entendants en s’amusant. Ça reste détendu, on apprend en abordant les sujets et mots de tous les jours ».

Un lieu d’apprentissage

Durant la réunion publique, les gestes s’enchaînent (de manière confuse, pour certains), les rires fusent et l’apprentissage suit son cours. Entre deux gorgées de soda, les entendants apprennent à discuter du quotidien : jours de la semaine, mois, formules de politesse, tout y passe. Mot par mot, les intervenants transmettent une langue signée auparavant interdite : « Le langage des signes est resté illégal pendant 100 ans. Son apprentissage dans l’éducation scolaire des enfants sourds n’a été autorisé qu’en 1991, c’est très récent. Avant ça, les malentendants devaient oraliser pour s’exprimer ». Le Café Signes est un lieu où les sourds apprennent au public une langue transmise secrètement durant un siècle. Et dans la bonne humeur générale.

Sonia ABASSI