Un certain regard sur la prostitution en France

Le 20 novembre 2014, alors que le procès de l’affaire Carlton se rapproche, le journaliste Didier Specq fait éditer un ouvrage retraçant les tenants et aboutissants de cette affaire commencée à la fin de l’année 2011.

    Didier Specq, auteur de DSK chez les ch’tis, au café Le Bettigny.

Didier Specq, auteur de DSK chez les ch’tis, au café Le Bettigny.

Installé à la première table du café Le Bettigny situé avenue du Peuple Belge, le journaliste et chroniqueur judiciaire à Nord Eclair, tout juste retraité, sirote tranquillement son verre. Même s’il semble concentré sur la lecture de son journal, il ne manque pas de jeter quelques coups d’œil vers le palais de justice qui fait face au Bettigny. Ce même palais qui « accueille » le fameux procès de l’affaire Carlton. Une affaire dont Didier Specq, le journaliste en question, aimerait bien connaître la finalité alors qu’il a fait éditer son livre DSK chez les ch’tis en novembre dernier.

« Mon ouvrage retrace les dessous de l’affaire du Carlton qui a fait la Une en 2011. C’est le résumé de mon enquête et des différents réseaux de cette affaire sur laquelle j’ai décidé de me pencher. » Une enquête qui a pu être menée tout au long de l’exercice de sa profession. Désormais retraité, Didier Specq reconnaît avoir eu une vie journalistique bien remplie. Sa spécialité ? Les affaires politiques qui se renouvellent sans cesse et sont chaque fois différentes. Et celle qui entoure Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, se trouve dans son top 10.

Pourtant, dans son livre, le journaliste n’y dépeint pas les prévenus comme des hommes assoiffés de sexe, comme ils sont si souvent décrits. Et même si cette affaire l’intéresse tout particulièrement, Didier Specq ne considère pas que celle-ci mérite de faire autant de bruit. « Pour moi, c’est une montagne qui va accoucher d’une souris… Non, plutôt d’un souriceau. » Beaucoup de vagues pour peu de choses. Selon ses statistiques, les prévenus écoperont sûrement d’une forte amende mais pas plus de quatre mois de prison avec sursis.

Retour à l’âge de pierre !

Non en vérité, ce n’est pas l’histoire des prévenus qui concentre son intérêt mais davantage l’histoire des prostituées au centre de l’affaire. Voire même de la prostitution en France. Le journaliste considère en effet que si cette affaire a pris bien trop d’ampleur, c’est bien à cause du tabou qui sépare la France et la prostitution. « J’ai eu rendez-vous hier avec une chaîne allemande qui s’étonne de la vision que, nous Français, avons de la prostituée en général. C’est à cause de la politique française que la situation de la prostituée moyenne s’est dégradée. C’est bien simple : nos lois écrasent leurs droits fondamentaux. »

La prostituée, selon Didier Specq, n’a tout simplement pas de vie sociale. Interdiction de prendre le taxi sous peine de devoir faire accuser le chauffeur, interdiction de se rendre dans des lieux de consommation comme un simple café, interdiction de louer un appartement sous peine d’accuser le propriétaire du même délit. Car ce qui est interdit n’est pas la prostitution mais bien le proxénétisme. En effet, le Code Pénal, selon une interprétation large, réprime à ce titre ceux qui profitent de la prostitution d’autrui. « Voilà pourquoi les travailleuses du sexe se retrouvent de nouveau sur les trottoirs. Retour à l’âge de pierre ! Sur ce côté-là, la Belgique est bien au-dessus de nous. » Des paroles bien ironiques quand on sait que le procès se déroule avenue du Peuple Belge, le rendez-vous de la plupart des prostituées de Lille. « Amusons-nous de l’affaire Carlton, soupire le retraité. On avancera lorsque le problème sera étudié dans le bon sens. »

Thomas DELFLY