La foire Art Up de Lille, un rendez-vous grand public ?

Durant quatre jours, Lille Grand Palais s’est transformé en vaste musée d’art contemporain mais aussi en haut lieu de rencontres entre galeristes, collectionneurs et artistes.

    La foire commerciale Art Up est l’occasion de parcourir l’art contemporain sous toutes ses coutures, à travers 12.000 m² d’exposition d’œuvres.

La foire commerciale Art Up est l’occasion de parcourir l’art contemporain sous toutes ses coutures, à travers 12.000 m² d’exposition d’œuvres.

La foire d’art contemporain Art Up accueillait du 12 au 15 février une centaine de galeristes venus de la France entière et de l’étranger pour exposer leurs artistes. Fidèle à son statut de centre culturel, la ville de Lille promeut un évènement accessible à tous. Un plan de communication réussi car lors de cette huitième édition, 28.000 personnes ont flâné, et acheté.

Il faut dire qu’il y a de quoi trouver son bonheur dans les allées du Grand Palais, avec 12.000 m² de photographies, peintures, estampes, sculptures, installations, du minimalisme au gigantisme, loufoque ou inspiré. Une diversité qui ravit toutes les générations : « Nous sommes venus pour faire un travail de critique d’une œuvre et c’est juste incroyable ! », s’émerveille un groupe d’étudiants en industries culturelles. Dominique et Laurence ont passé l’âge de s’enthousiasmer, et pour cause, elles sont des habituées de l’évènement : « Chaque année on vient entre copines pour découvrir les innovations », expliquent-elles. Mais derrière cet aspect populaire, il ne faut pas oublier qu’Art Up est avant tout une foire commerciale. Avec des galeristes venus pour faire des affaires.

Le grand public, au conditionnel

C’est la troisième fois que l’Absolute Art Gallery d’Anvers participe au salon « pour trouver de nouveaux acheteurs », affirme son gérant Alain Swimberghe. Au deuxième jour, il déplore presque de n’avoir rencontré que des artistes et des visiteurs. Pour les exposants, cette grande réunion artistique est surtout l’occasion d’élargir son réseau. Ana Berdoulat de la galerie Maxanart est venue du Pays Basque pour se faire connaître : « Nous n’avons pas reçu de véto de la part de la direction artistique, c’est un gage de qualité », se rassure-t-elle.

Lorsqu’on évoque le public néophyte, le ton se veut prudent : « Je ne refuse pas de discuter avec ceux qui veulent apprendre », déclare Arnaud Pagnier qui ouvrira sa galerie à Lille en automne 2015. Usage du conditionnel par Ana Berdoulat : « Tout le monde devrait se rencontrer, ça serait une belle ouverture. » Mais l’intérêt du galeriste n’est jamais bien loin : « Nous avons besoin de collectionneurs pour valoriser nos artistes, qui le méritent bien », poursuit-elle.

On constate aussi rapidement que les participants ne sont pas obligés d’afficher leurs prix. Arnaud Pagnier a quelques discrets devis, la galerie Maxanart se félicite de ses encarts : « On affiche pour éviter le fantasme ou le complexe, et puis parfois on peut être surpris », justifie Ana Berdoulat. Pas de quoi gêner les visiteurs : « On est là pour le plaisir des yeux, on sait pertinemment que nous n’avons pas les moyens », sourient Dominique et Laurence. Quand on sait que le budget moyen du collectionneur français va de 20.000 à 30.000 euros par an, mieux vaut rester dans l’expectative.

Outre les 18 galeries nordistes présentes au Grand Palais, Art Up offre une visibilité aux écoles d’arts et structures culturelles de la métropole. Sur le stand de l’Ecole Supérieure d’Art de Tourcoing, les étudiants vendent leurs travaux à moins de 30 euros, et font des démonstrations de gravure. L’ambiance est bon enfant, mais ils semblent un peu médusés : « Nous avons l’opportunité de rencontrer des gens qui nous suivront peut-être, mais nous ne sommes pas à l’aise avec toute cette spéculation financière. J’ai vu des tableaux à des milliers d’euros qui n’exprimaient rien ! », s’esclaffe Adrien, en troisième année. Alors que ce vendredi soir, serveurs et hôtesses d’accueil s’activent à la préparation de soirées privées, on comprend que ce n’est pas l’art contemporain qui divise, mais le marché qui l’entoure.

Clémence ROLIN