Un monde de plus en plus fou mais de moins en moins timbré

Dimanche 8 mars, la tenue de l’assemblée générale du club philatélique de la Chapelle d’Armentières, dans la banlieue lilloise, était l’occasion de réfléchir sur l’évolution et la place qu’occupe encore cette passion du timbre dans nos sociétés et dans la région.

    Daniel Dubar, philatéliste chevronné, regrette le désintérêt croissant des hommes pour le timbre.

Daniel Dubar, philatéliste chevronné, regrette le désintérêt croissant des hommes pour le timbre.

Le club philatélique chapellois est l’un des plus dynamiques de la région avec ses 78 membres. C’est d’ailleurs dans cette petite ville coincée entre Lomme et Armentières qu’a eu lieu la fête du timbre l’année dernière. Cependant, si le succès rencontré par les expositions et autres événements régulièrement proposés montre que la philatélie a toujours raison d’être, il est indéniable qu’elle est en perte de vitesse. Et les principaux concernés n’ont pas de mal à l’expliquer.

Daniel Dubar, trésorier général de la fédération française des associations philatéliques, parle d’abord laconiquement « d’un monde et d’une Poste en évolution ». Puis il développe : « Le nombre de courriers échangés a été réduit de manière considérable avec les nouveaux moyens de communication. C’est quelque chose qui fait de moins en moins partie de notre quotidien. » Francis Kaerinckx, président du club philatélique chapellois, surenchérit : « Aujourd’hui, si vous allez à la Poste vous ne trouverez pas la totalité des timbres qui sortent du centre national d’impression de Périgueux. Il faut obligatoirement passer par une antenne spécifique de la Poste appelée Philaposte. »

Une difficulté à sensibiliser la jeunesse

Francis Kaerinckx se souvient très bien du moment où il est tombé dans la marmite de la philatélie. « C’était à Lourdes où mon père travaillait comme concierge dans un établissement d’accueil pour les gens en difficulté. Beaucoup de courriers étrangers passaient entre ses mains alors je demandais aux destinataires si je pouvais récupérer leurs timbres. J’étais fasciné et c’est comme cela que j’ai entamé ma première collection. » Daniel Dubar a aussi été piqué aux premières heures de sa vie mais qu’en est-il de l’attrait des jeunes pour la philatélie aujourd’hui ? « De nos jours, ils ont des tonnes de distractions à disposition alors ils ont tendance à être adeptes du zapping et surtout à ne plus avoir aucune patience. Or, la philatélie c’est avant tout prendre son temps. Il y a des collections que j’ai commencées il y a 50 ans et que je n’ai toujours pas finies ! »

La solution serait de sensibiliser très tôt les enfants au pouvoir du timbre mais « l’école n’ouvre plus les portes », déplore Daniel Dubar. La dernière possibilité est donc l’intervention dans les centres aérés comme l’envisage Francis Kaerinckx avec le club philatélique chapellois. Il s’agit aussi de convaincre les médiateurs que le timbre est un très bon élément pédagogique. « J’ai plus appris en histoire et en géographie en faisant de la philatélie qu’en écoutant en cours », assure Daniel Dubar.

Mais si les enfants ne s’y intéressent plus, c’est aussi en raison d’une évolution généralisée d’un monde entier en totale mutation. « Avant, quand je partais à l’étranger, dans les boutiques de souvenirs, je trouvais aisément des pochettes de timbres. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », regrette Daniel Dubar. Un monde qu’on dit de plus en plus fou mais pourtant de moins en moins timbré donc.

Paul SION