Une soirée avec la maraude des Restos du Cœur

Le mois de mars bat son plein à Lille, et comme partout, les nuits dans la rue sont froides et tristes. Tous les soirs, les Restos du Cœur font « la tournée des popotes ». Elles offrent aux personnes sans domicile fixe de quoi se nourrir et avoir moins froid, mais aussi juste un peu d’attention.

Restos du Cœur - Marie-Claude et Patrick font le point sur les étapes qu’il leur reste à faire.

Marie-Claude et Patrick font le point sur les étapes qu’il leur reste à faire.

20h, rue Nationale à Lille. La camionnette arrive à toute allure. Marie-Claude et Patrick en descendent, sourire aux lèvres, c’est l’heure de démarrer la maraude, comme tous les quinze jours pour eux. Marie-Claude est engagée bénévolement dans l’association depuis quatre ans. Pour Patrick, ça fait neuf ans que l’histoire dure. Ils sont tous deux retraités et profitent de leur temps libre pour « faire quelque chose d’utile ».

Jean-Yves Vasseur rejoint l’équipe du soir, il est l’initiateur des maraudes à Lille. Le camion est plein : la tournée peut commencer. Cette dernière a pour objectif d’aller à la rencontre des personnes recluses de la société, vivant dans la rue. Les bénévoles leur offrent de quoi manger et tenir la nuit : soupe, bouteilles d’eau, sandwichs, yaourts, fruits, thé ou café… Des denrées provenant uniquement de dons. Tous les soirs, les bénévoles rencontrent près de 180 personnes, « ça dépend des périodes ».

Le parcours de la maraude est imposé par la mairie de Lille. Un carnet de bord est d’ailleurs rempli, tous les soirs, avec le nom des endroits, et le nombre de personnes SDF rencontrées à ces endroits. Les bénévoles doivent passer par des points stratégiques de la ville : le Palais Rameau, rue Solférino, rue Gambetta, place de la République, Porte de Paris… des endroits potentiellement toujours occupés par des personnes dans le besoin ; et celles-ci ne manquent pas le rendez-vous. Marie-Claude, la bénévole, affirme d’ailleurs : « Normalement, on doit chercher les personnes sans abri, mais avec les années, elles savent exactement où l’on s’arrête. » A peine le camion garé, les habitués accourent. Certains viennent juste récupérer leur sachet repas ; d’autres restent plus longtemps, boivent un bol de soupe et discutent.

Les bénévoles se sentent utiles

« En quelle année a été construite la tour Eiffel ? Combien de marches la composent ? En quelle année a été créé le permis automobile ? » Hossin vient tous les jours et s’amuse à défier les personnes avec qui il parle : il sait tout, est incollable sur n’importe quel sujet. D’après Patrick des Restos du Cœur, « il vit dans une camionnette prêtée par un commerçant, et passe son temps à lire. » Lorenzo, lui, affirme qu’il a été photographe en son temps. « J’adorais ça, je passais mon temps à prendre des photos. » Il m’emprunte d’ailleurs mon appareil pour réaliser quelques clichés. Les bénévoles ne peuvent pas rester trop longtemps aux mêmes endroits, « mais sur la place de la République, il y a souvent du monde, donc on prend un peu plus le temps », confirme Jean-Yves Vasseur.

La tournée terminée, il reste des denrées périssables. Alors pour ne pas gâcher, les bénévoles se dirigent vers la halte de nuit Saint-Michel, ouverte par l’ABEJ Solidarité, une structure destinée à mettre à l’abri des personnes plus marginalisées. Les éducateurs présents récupèrent tout ce qui n’a pas été donné pendant la maraude. Ainsi, pas de gâchis. Il est 23h30 et la maraude se termine. Patrick avoue : « Quand on rentre le soir, après une maraude, on ne peut pas dormir tout de suite. Moi je parle avec ma femme ; Marie-Claude s’occupe en regardant un peu la télé. Il nous faut un peu de temps pour réfléchir. » Une expérience que les trois bénévoles aiment beaucoup réaliser, parce qu’ils se sentent utiles et bons. « Je suis contente de participer à la maraude, et je me sens toujours bien après », conclut Marie-Claude.

Inès NAU