Exposition INFLUX : quand les étudiants de psychologie se saisissent de l’art

« Faire dialoguer la psychologie et les arts », telle est l’invitation de Carole Pinel, enseignant chercheur en psychologie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à ses étudiants de la FLSH : une dizaine d’étudiants ont relevé le défi. Ils se sont livrés à un véritable travail créatif avec un artiste en résidence, une occasion de belles rencontres !

Dans le cadre de la résidence d’artiste de Maël Nozahic soutenue et accompagnée par l’Espace culturel de l’Université Catholique de Lille en collaboration avec la Drac Hauts de France, les étudiants de Licence 3 Master 1 et Master 2 psychologie de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines se sont révélés : Oui,  les psychologues s’intéressent à l’art, certains d’entre eux sont même des artistes, d’autres s’inscrivent simplement dans le partage autour d’une démarche  et d’un regard artistique. Tous ont osé la transversalité, le décloisonnement des disciplines. Par leur travail avec Maël Nozahic, ils ont permis l’exposition « Influx ». Ce titre, choisit par l’artiste désigne un « fluide immatériel qui aurait une influence sur les prédispositions psychiques et spirituelles d’un individu ».

Que ce soit à partir d’un texte, d’une musique, d’une danse, de la photographie ou de la couture, de sculpture sur bois ou de synergies odorantes, ils ont chacun pris sur leur temps libre pour faire dialoguer la psychologie et les arts. Du 10 au 29 mars, vous pourrez découvrir à l’Espace Culturel de l’Université Catholique de Lille le fruit de leurs expériences : installées pour l’inauguration le vendredi 10 mars à 18h, elles seront également rassemblées dans un catalogue d’exposition  constitué au fil de la durée de l’exposition et publié pour la clôture le 29 mars à 18h.

En avant-première, Leslie Caron (couture)  Margot Demeulemeester (musique), Léa Curmin (danse) et Angéline Vangeneberg (écriture) ont répondu à nos questions :

  1. Pourquoi vous êtes-vous inscrits dans ce projet ? Qu’est-ce qui vous a attiré ?

Angéline : Je me suis inscrite dans ce projet car l’art est un domaine que je trouve passionnant ainsi que la psychologie. Donc je trouvais ça très intéressant d’allier ces deux domaines autour des œuvres de Maël Nozahic.

Leslie : Le projet “Influx” nous a été proposé à la fois conjointement et indépendamment de nos études ce qui l’a rendu, à mes yeux, d’autant plus intrigant puisqu’il me demandait de sortir de ma zone de confort et de mettre à l’épreuve mon imagination. Deux actions que je me plais à m’adonner et à dépasser. Tantôt sombre, incertain et dur, tantôt coloré, sécurisant et à caractère de l’enfance, le monde de Maël m’a attiré de par ces ambiguïtés.

Léa : J’ai toujours été attirée par l’art en général, et les peintures de Maël m’ont tout de suite plu. J’ai été attirée par les couleurs et le côté fantasmatique, qui reflétait pour moi un certain aspect onirique. Et j’ai tout de suite remarqué aussi cette ambivalence entre rêve et cauchemar, quelque chose de très intemporel et qui fait appel à l’imagination de manière assez puissante. Quand Madame Pinel nous a proposé de participer à ce projet et d’innover à partir des œuvres de Maël j’ai tout de suite su qu’il y aurait matière à travailler.

Margot : Carole Pinel nous avait présenté le projet. Une collaboration artistique…avec grand plaisir !!  Les œuvres m’ont de plus surprise au premier abord, ce qui n’était que plus inspirant pour ce qu’il pouvait advenir!

  1. Comment avez-vous vécu cette expérience ? Comment avez-vous travaillé sur cette thématique ?

Leslie : Ce fut comme une thérapie. J’ai tout d’abord rencontré Maël et son univers saisissant… puis, après quelques entrevues avec les étudiants et les personnes de mon entourage, j’ai commencé à progresser seule sur le chemin de la construction semblable à des allées sinueuses et pavées de pierres inégales. C’est dans cette logique non-linéaire – au travers de blocages, de régressions, de déconstructions et d’à-coups – que j’ai cheminé vers mon projet couture. Ce dernier s’est soldé par l’“accouchement” d’une production, fruit de mes pensées qui continueront d’évoluer au-delà de l’exposition.

Actu est Fabula oeuvre de Maël Nozahic

Angéline : Personnellement, dans ce projet, j’ai eu comme mission d’écrire des textes. J’ai alors choisis les œuvres m’attirant le plus : Les Lunes et L’étoilé. En effet, ces dernières m’inspiraient autant émotionnellement que « professionnellement » parlant. Cela m’a permis de mettre en relation ces œuvres, mes émotions en découlant, et mes connaissances acquises grâce aux cours de psychologie. Par exemple, Les Lunes m’inspirait la solitude que j’ai mise en lien avec un suivis psychologique thérapeutique. J’ai fait de même pour L’étoilé qui m’inspirait un univers enchanté que j’ai cherché à mettre en lien avec une pathologie appelée « manie ».

Margot : Ce fut assez compliqué de participer à toutes les rencontres au vu de nos emplois du temps respectifs, mais le foisonnement d’idées était très varié, les échanges riches, et le monde de Maël très inspirant. Nous avons pu nous découvrir des passions communes avec une possibilité de partage sur un même thème… c’est très intéressant ! Pour ma part, je me suis laissé aller sur une improvisation au saxophone en regardant les différentes œuvres. Nous étions d’accord sur ce que cela nous inspirait en tant que musiciens…quelque chose de déstructuré, un peu angoissant… nous avons essayé de composer avec cela !

Léa : J’ai vécu cette expérience comme une nouveauté, travailler pour mettre des œuvres en valeur c’est presque un honneur quand on y pense. On a envie de faire tout ce qu’on peut pour ne pas dévaloriser le travail de Maël. J’ai abordé cette thématique à travers la danse, pour cela j’ai fait équipe avec ma sœur qui est en licence danse à Lille 3, on a créé toutes les 2 une chorégraphie sur une musique qu’on a aussi créée, à partir de ricanements de hyènes, qui font écho pour nous à l’œuvre de Maël qui se prénomme Le Fléau. À partir de cela on a laissé parler nos corps et nos inspirations.

  1. Enfin, qu’avez-vous retiré de ce rapprochement entre art et psychologie ?

Leslie : L’Art et la Psychologie sont étroitement liés. Tous deux issus d’une démarche adressée à l’Autre et pour l’Autre, la création artistique et l’analysé sont deux produits issus de l’intime pour devenir objets vivants et inédits. De cette aventure, j’en suis ressortie avec un nouveau regard, de ceux qui façonnent d’une énième façon l’existence.

Angéline : Tout d’abord, j’ai adoré écrire en parlant aussi bien de psychologie que d’art. Avant ça, je pensais ces deux domaines assez distincts, et j’ai pu apprendre, grâce à ce projet, qu’on pouvait les lier, notamment par des textes. Et je pense également que j’aurai un regard neuf et peut-être plus psychologique sur les œuvres que je croiserai par la suite. J’ai aussi apprécié les idées proposées ainsi que le travail de groupe mis en place pour arriver à cette exposition à La Catho. Pour conclure, si ce type de travail vient à se représenter à moi, je n’hésiterais pas à y participer de nouveau !

Margot : La démarche de base est à mon sens intéressante. Avant d’être artiste ou psy…nous sommes des êtres humains à qui différentes choses parlent…ou non ! Nous nous sommes découvert des intérêts communs, et avons découvert d’autres perspectives à partir d’une même œuvre et d’une même ambiance globale. Les ressentis de chacun, bien que relativement convergents par rapports aux œuvres de Maël et à l’ambiance qu’elle transmet, restent exprimés de manière totalement différente par les uns et les autres. Les affinités avec la musique, l’écriture, la danse, la sculpture, la couture, l’ambiance olfactive…. autant de passions qui parleront ou non à d’autres personnes…il y en a pour tous les goûts !

Léa : Ce rapprochement entre art et psychologie je l’avais déjà plus ou moins fais. Je m’intéresse énormément à l’art thérapie et je me questionne beaucoup sur l’intérêt spécifique de la danse dans les thérapies, et donc l’utilisation du corps même lorsque nous sommes psychologue clinicien d’orientation analytique. J’ai été très curieuse de voir le travail des autres, ce que les œuvres avaient pu leur inspirer et aussi ce que les autres pouvaient penser de mon travail. Ce projet m’a aussi permis de travailler avec ma sœur en lien direct avec nos centres d’intérêts, la danse et les sciences humaines. C’était une riche expérience, j’ai hâte de voir ce que tout cela va rendre lors du vernissage !

Les rencontres et les échanges se tissent aussi en ce moment, à l’heure de la mise en place de l’exposition, et s’enrichiront lors de la soirée de vernissage, jusqu’à la clôture de cette expérience le 29 mars 2017. Etudiants, visiteurs, vos réactions, vos réflexions, envoyées à apolline.delplanque@univ-catholille.fr viendront si vous le souhaitez étayer cet article.

Galerie d’images : reportage de Martine Golon sur la soirée de vernissage du 10 mars 2017.