Témoignage : Chloé Lafabregue, alumni du Master Psychologie sociale et du travail

Témoignage master psychologie du travail

"Être la personne que j'aurais aimé avoir à mes côtés"

Découvrir sa voie, surmonter ses doutes et transformer ses fragilités en forces : c’est le parcours inspirant de Chloé Lafabrègue. Alumni du Master Psychologie sociale et du travail, Chloé nous livre un témoignage sincère sur son cheminement universitaire, marqué par des défis personnels et des « particularités » cognitives et psychiques qu’elle a longtemps perçues comme des obstacles.

Entre ses expériences enrichissantes en milieu carcéral et son engagement pour le maintien dans l’emploi des personnes en situation de handicap, elle nous explique comment son propre vécu est devenu un atout précieux dans sa pratique professionnelle. Découvrez son récit, un message d’espoir et de légitimité adressé à tous les étudiants qui pensent que leur parcours atypique pourrait être un frein à leur réussite.

Peux-tu te présenter et présenter ton cursus ?

Je m’appelle Chloé LAFABRÈGUE et j’ai 25 ans. Mon parcours n’a pas été tout tracé dès le départ. J’ai commencé mes études en STAPS et c’est là que j’ai découvert, presque par hasard, la psychologie sociale. Ça a été un vrai déclic : comprendre comment les individus pensent, agissent et interagissent en groupe m’a tout de suite passionnée.

Mon chemin jusqu’à la psychologie n’a pas été simple non plus. Avant d’arriver en licence, j’ai eu un parcours de vie assez difficile, qui m’a obligée à grandir vite, à m’adapter et à puiser dans des ressources que je ne me connaissais pas. Avec le recul, je crois que ces expériences ont beaucoup nourri mon intérêt pour l’humain et mon envie d’accompagner les autres.

Je me suis donc réorientée vers une Licence de psychologie. J’y ai développé un fort intérêt pour les statistiques, pour les phénomènes psychosociaux et pour tout ce qui touche à la criminalité. Pour approfondir ce dernier domaine, j’ai suivi le DU de Criminologie Interculturelle de la FLD en parallèle de ma Licence 3. J’ai ensuite intégré le Master en Psychologie sociale et du travail, que je viens de terminer.

Qu’est-ce qui a fait que tu as choisi le Master Psychologie sociale et du travail ?

Au fond, ma motivation première a toujours été la même : accompagner les personnes qui souffrent. Je voulais être, pour les autres, la personne que j’aurais moi-même aimé avoir à mes côtés quand j’allais mal. C’est ce fil rouge qui a guidé chacun de mes choix.

Au départ, je pensais concrétiser cette envie en devenant commissaire de police. Le concours exige un bac+5 et la psychologie du travail me semblait le meilleur moyen d’acquérir des bases solides en management et en bien-être au travail, pour pouvoir un jour pendre soin de ma future équipe.

Puis, en découvrant la discipline plus en profondeur, j’en suis tombée amoureuse. Le champ du handicap au travail, et plus particulièrement du handicap psychique et cognitif, m’a profondément touchée. J’ai eu envie de connaître chaque aspect d’un accompagnement en entreprise et d’ouvrir des portes à des personnes en difficulté, pour qu’elles puissent s’épanouir dans leur travail. Je suis convaincue qu’on ne vit pas pour travailler, mais qu’on travaille pour vivre. Seulement, quand le travail devient un poids, c’est la vie toute entière qui devient compliquée. C’est précisément ce qui m’anime et qui me donne envie, aujourd’hui, d’avancer dans cette voie.

Quel a été le meilleur moment de ta scolarité à la FLSH ?

Sans hésiter, le dernier semestre de mon Master 2. Il a été une véritable révélation.

Pendant longtemps, j’ai eu une peur monstre des oraux et des soutenances. J’avais constamment besoin d’être rassurée, qu’on me confirme que ce que je faisais correspondait bien à ce qui était attendue. Sans cette approbation, je doutais de tout.

Au cours de ce dernier semestre, quelque chose a changé. Je me suis découverte en tant que réelle professionnelle. J’ai appris à me faire confiance, à assumer mes choix et à reconnaître la valeur demon travail sans attendre systématiquement la validation des autres. J’ai compris ce qui m’animait vraiment et j’ai commencé à construire mes propres projets.

Le meilleur exemple, c’est ma soutenance de mémoire en septembre. Moi qui redoutais tant cet exercice, je n’ai pas perdu mes moyens et j’ai même apprécié ce moment. C’est sans doute ma plus grande réussite de tout mon cursus parce qu’elle symbolise tout le chemin parcouru.

As-tu rencontré des défis pendant l’année ? Si oui, comment as-tu réussi à les surmonter ?

Oui, et pas seulement cette année : tout au long de mes cinq années d’études. Le plus gros défi était lié à mes « particularités » comme j’aime les appeler, des handicaps psychiques et cognitifs.

Au début, je les voyais comme un obstacle. Je ne les comprenais pas, tous les diagnostics n’étaient pas encore posés et je n’avais aucun aménagement, ni de tiers-temps. Les partiels et révisions étaient particulièrement difficiles et j’avais souvent l’impression de devoir fournir énormément d’efforts pour y arriver.

À ces difficultés s’ajoutait un doute plus profond. Étudier la psychologie tout en ayant moi-même des diagnostics psychiques me donnait le sentiment de ne pas être légitime. Je me demandais comment je pourrais un jour aider des personnes qui vont mal alors que je traversais moi-même des difficultés. J’étais persuadée que mon profil m’empêcherait d’exercer ce métier. Et puis, j’avais souvent l’impression de penser totalement différemment de mes camarades. Je ne raisonnais pas de la même manière, je n’abordais pas les sujets sous le même angle et j’en concluais que je n’étais pas à ma place.

En arrivant en master, les choses ont changé. J’ai obtenu des réponses ainsi qu’un tiers-temps qui m’a beaucoup aidée. Surtout grâce à l’accompagnement de Henry CLÉTY et de professionnels de santé qui ont su m’écouter, j’ai commencé à mieux me comprendre.

Au fil du temps, j’ai réalisé que ces particularités pouvaient justement m’aider à aller plus loin. Elles m’apportent une sensibilité et un regard différent, particulièrement précieux dans l’accompagnement de personnes qui vivent elles-mêmes des difficultés. Cette façon de penser différemment, qui me faisait douter, s’est révélée être un vrai atout. Au cours de mes stages, je remarquais des choses que d’autres ne voyaient pas, j’apportais un autre regard sur les situations et je proposais des pistes auxquelles on n’avait pas pensé. J’ai compris que la diversité des façons de penser est une richesse et que ma différence avait toute sa place. Ce que je considérais comme un frein à ma légitimité est finalement devenu l’une de mes plus grandes forces : je sais, de l’intérieur, ce que peuvent ressentir les personnes que j’accompagne. Mon parcours de vie, aussi difficile soit-il, m’a également appris la résilience, et c’est aujourd’hui une ressource sur laquelle je peux m’appuyer. J’ai accepté mes particularités, j’ai appris à les dompter, jusqu’à en faire une véritable force. Aujourd’hui, à la fin de mon master, je les considère comme l’une des raisons de ma réussite.

Mes résultats sont d’ailleurs le reflet de ce cheminement. J’ai obtenu ma licence avec la mention assez bien, puis mon master 1 avec la mention bien, et enfin mon master 2 avec la mention très bien. Cette progression, je la vois comme la preuve concrète que je me suis révélée au fil des années. Elle montre que lorsqu’on se comprend, qu’on est bien accompagnée et qu’on bénéficie des aménagements dont on a besoin, on peut aller bien plus loin que ce qu’on imaginait.

Quels enseignants, enseignements ou approches pédagogiques t’ont le plus marquée, et pourquoi ?

Plus que des cours en particulier, c’est le master dans son ensemble qui m’a marquée. Ce que j’y ai trouvé de plus précieux, c’est cette double lecture qu’il propose. La psychologie sociale m’a appris à comprendre les individus, les groupes et les interactions entre eux. La psychologie du travail m’a appris à comprendre comment chacun vit son activité professionnelle, ce qui l’épanouit et ce qui le fait souffrir. C’est exactement cette double grille de lecture que j’utilise aujourd’hui lorsque j’accompagne une personne en difficulté et son employeur.

Le master m’a aussi ouvert à des disciplines que je n’aurais jamais imaginé étudier, comme l’économie ou la négociation. Elles m’ont permis de comprendre le point de vue de l’entreprise, ses contraintes et ses enjeux. C’est indispensable dans mon métier : on ne peut pas accompagner un salarié sans comprendre l’organisation dans laquelle il évolue, et sans savoir dialoguer avec tous les acteurs qui la composent.

Côté approches pédagogiques, ce qui m’a le plus marquée, c’est la place accordée à la pratique. Les mises en situation, les études de cas concrets et les travaux de groupe m’ont permis de faire le lien entre la théorie et la réalité du terrain. Les stages, présents chaque année, et le mémoire, construit à partir d’une problématique réelle, m’ont permis de me professionnaliser progressivement. Les interventions de professionnels m’ont aussi aidée à me projeter dans ma future profession. En sortant du master, je ne me sentais pas seulement diplômée : je me sentais prête à exercer.

Ce master, ce sont enfin des enseignants qui ont compté et un accès à un suivi individuel en fonction des besoins. Je pense particulièrement à M. Cléty, qui m’a accompagnée de la L3 jusqu’à la fin de mon cursus, a toujours su répondre à mes questions et apaiser mes doutes. Mais aussi à M. Napoléon, qui a réussi à me faire aimer l’économie grâce à sa passion communicative, et à M. Kwiatkowski, dont l’enseignement participatif et ludique m’a donné le goût de la négociation et de la gestion des conflits, des compétences que j’utilise aujourd’hui au quotidien.

As-tu fait des stages ? Peux-tu nous en parler ?

Oui, un à chaque étape de mon parcours, et chacun a compté. Les stages occupent une place centrale dans le master, et ce sont eux qui m’ont permis de construire progressivement mon projet professionnel.

En Licence 3, j’ai effectué un stage de deux semaines en maison d’arrêt, aux côtés d’une psychologue clinicienne. Nous menions ensemble des entretiens individuels avec les personnes détenues. C’était une expérience passionnante et très enrichissante, qui m’a appris à regarder les personnes sous un autre angle, au-delà des actes commis et à adopter une posture d’écoute sans jugement.

En Master 1, j’ai été Conseillère en Insertion Professionnelle Stagiaire au sein du Parcours Emploi Santé, dans le domaine du handicap et de la réinsertion professionnelle. J’ai travaillé aux côtés du conseiller et de la psychologue du parcours. Ce stage m’a permis de découvrir la complémentarité entre l’accompagnement professionnel et l’accompagnement psychologique, et de comprendre à quel point la santé et l’emploi sont liés. J’y ai appris à construire un projet professionnel avec une personne en tenant compte de ses besoins, de ses limites et de ses ressources.

En Master 2, j’ai réalisé mon stage chez Presta RH, où j’étais Conseillère Maintien Dans l’Emploi Stagiaire. Mon rôle consistait à accompagner des salariés en situation de handicap pour qu’ils puissent conserver leur poste malgré leurs difficultés. C’est dans le cadre de ce stage que j’ai réalisé mon mémoire de fin d’études, intitulé « Déjouer les blocages du MDE ». J’y ai analysé les freins qui peuvent compromettre le maintien dans l’emploi, qu’ils viennent du salarié ou de l’employeur. À partir de cette analyse, j’ai conçu des outils concrets à destination des conseillères, pour les aider à repérer ces blocages et à adapter leur accompagnement en fonction de la situation de chaque bénéficiaire. C’était important pour moi que ce travail ne reste pas théorique, mais qu’il puisse réellement servir sur le terrain.

Quel métier occupes tu maintenant et en quoi ton parcours universitaire a-t-il été déterminant dans la formation de ton projet professionnel ?

Aujourd’hui, j’exerce en tant que Conseillère Maintien Dans l’Emploi et Conseillère Emploi Accompagné.

En tant que Conseillère Maintien Dans l’Emploi, j’interviens lorsqu’un salarié rencontre des difficultés de santé liées à un handicap qui menacent sa tenue à son poste. Avec lui, son employeur et les différents acteurs concernés, comme le médecin du travail, je cherche des solutions pour qu’il puisse continuer à travailler dans de bonnes conditions : aménagement de poste, adaptation des horaires, formation, etc.

En tant que Conseillère Emploi Accompagné, j’accompagne des personnes en situation de handicap, notamment psychique ou cognitif, dans leur accès ou leur maintien dans l’emploi, sur la durée. Ce dispositif a la particularité d’accompagner à la fois la personne et l’employeur, pour que la relation de travail se construise et se maintienne dans de bonnes conditions.

Mon parcours universitaire a été déterminant à chaque étape. La psychologie sociale et du travail m’a donné les outils pour comprendre les individus, les organisations et les interactions entre les deux. Mes stages m’ont permis de trouver ma voie, et mon mémoire m’a préparée directement aux situations que je rencontre aujourd’hui. Et mes particularités, qui me faisaient autrefois douter de ma légitimité, sont aujourd’hui un atout précieux dans ma pratique. Chaque jour, j’essaie d’être pour les personnes que j’accompagne celle que j’aurais aimé rencontrer quand je souffrais moi-même. C’est ma plus grande fierté.

As-tu des projets ?

Oui ! J’aimerais écrire un livre sur mon parcours universitaire, à destination des nouveaux étudiants qui ont, eux aussi, des « particularités ». J’aurais aimé lire ce genre de témoignage quand j’ai commencé mes études de psychologie, pour savoir que c’est possible et que nos différences peuvent devenir une force.

Plus largement, j’ai envie de donner confiance aux nouveaux étudiants. Je veux leur faire comprendre que, même avec des particularités, on peut réussir, à condition d’apprendre à les connaître et à les appréhender correctement. Que ce soit à travers ce livre, en intervenant auprès d’eux ou simplement en partageant mon expérience comme aujourd’hui, j’aimerais montrer qu’il existe un chemin et qu’il est possible de le trouver.

J’ai également le projet de créer ma propre entreprise d’accompagnement, principalement accès sur la souffrance psychologique au travail.

Quel message aimerais-tu transmettre aux futurs étudiants ?

J’aimerais m’adresser en particulier à ceux qui, comme moi, arrivent à l’université avec des particularités, un parcours de vie difficile ou le sentiment de ne pas être à leur place. Vos difficultés ne définissent pas vos limites. Il m’a fallu des années pour le comprendre, mais ce qui vous semble aujourd’hui être un obstacle peut devenir demain votre plus grande force.

N’ayez pas peur de demander de l’aide. Renseignez-vous sur les aménagements auxquels vous avez droit, entourez-vous des bonnes personnes, enseignants comme professionnels de santé, et prenez le temps d’apprendre à vous connaître. Ce n’est pas un signe de faiblesse, c’est ce qui m’a permis d’avancer.

Et surtout, ne laissez personne, pas même vous-même, vous dire que vous n’êtes pas légitime. Je pensais que jamais je ne pourrais aider les autres avec mon profil. Aujourd’hui, c’est justement ce profil qui fait de moi la professionnelle que je suis. Vous aussi, vous avez votre place.

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