La Mémoire Courte : Georges Clemenceau, une émission conçue et réalisée avec les étudiants de Licence Histoire

La Mémoire Courte est une émission conçue et réalisée avec les étudiants de la troisième année de Licence Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université Catholique de Lille dirigée par Philippe Diest, Responsable Pédagogique de la Licence Histoire. Cette émission propose de revisiter et de découvrir l’Histoire en proposant par exemple des interviews anachroniques de personnalités disparues ou encore de présenter des morceaux choisies de l’Histoire. Enregistrées en studio ou en salle de classe, ces émissions sont le fruit du travail des étudiants autour de personnages ou de thèmes historiques choisis par eux et préparés dans le cadre d’un cours d’initiation au journalisme sous la direction de Guillaume Leroy. Découvrez l’interview fictive ci-dessous:

Bonjour Monsieur Clemenceau, (Bonjour !) vous êtes né en 1841 en Vendée. Vous avez été un grand homme politique, figure de la gauche sous la IIIème République. En dehors de vos activités politiques, vous avez aussi marqué l’Histoire par vos réactions aux principaux événements politiques en tant que journaliste.

Quels sont les influences qui vont ont poussé à fonder votre 1er journal alors que vous étiez encore étudiant ?

Vous savez, je suis né en Vendée, terre monarchiste, qui s’est soulevée contre la Révolution en 1793. Pourtant, j’ai reçu une éducation profondément républicaine. Mon grand-père, pendant la période révolutionnaire faisait partie des armées chargées de mettre fin à la révolte des monarchistes vendéens.

Mon père était lui très engagé pour l’instauration de la République, il a participé aux 3 Glorieuses en 1830 et cela s’est fait ressentir dans l’éducation que j’ai reçu avec mes 5 frères et sœurs. Avec un tel caractère, vous vous doutez bien que notre père nous à élevé dans la gloire de la République et cela malgré ses arrestations pour avoir fait la promotion publique des idées républicaines.

Des influences qui vous ont amené à vous impliquer activement avec des jeunes de votre âge.

Oui,  dès mon plus jeune âge j’ai développé une véritable fascination pour la Révolution.

C’est donc au cours de mes études en droit à Paris qu’on a fondé avec 4 euh… 5 de mes camarades de classe le journal Le Travail en 1861. C’était pour nous une manière de s’exprimer, de diffuser nos idées et dire ce que l’on pensait du régime impérial en place.

Mais notre entreprise a pris fin rapidement puisqu’après seulement 8 numéros, on a été arrêtés à cause de la censure. Critiquer l’Empire ne passait pas !

Malgré ces mésaventures, vous vous êtes toujours attaché au journalisme. C’est pourtant cette profession qui vous amène à vous retirer de la vie politique en 1893. Comment l’avez-vous vécu ?

Ah oui ! Quelle histoire ! J’ai subi un véritable acharnement dans les journaux avant les législatives de 1893. Cela a commencé quand un journaliste du Figaro m’a mis en cause dans l’affaire de Panama. Cette affaire, vous vous en doutez, a été pour mes opposants l’occasion rêvée de me faire tomber. Ils ont même été jusqu’à créer L’Anti-Clemenciste cette année-là. Beaucoup de titres nationaux n’ont pas hésité à prendre position : Le Figaro, La Croix, Le Petit Marseillais mais surtout le puissant Petit Journal à un million d’exemplaires contre l’homme de gauche que je suis, pour me faire perdre les élections.

Ce retrait de la vie politique vous amène à rédiger de nombreux articles où vous commentez la vie politique de cette période. C’est surtout pendant l’Affaire Dreyfus que vous vous démarquez. Comment êtes-vous parvenu, par vos articles, à prendre le parti de l’innocence du capitaine Dreyfus ?

Oui, quand j’ai perdu les élections dans le Var, je me suis pleinement consacré à ma carrière de journaliste. Je suis devenu le rédacteur en chef de La Justice et j’ai commencé à écrire toute une série d’articles. Un moyen, pour moi de rester présent dans la vie politique même sans avoir été élu.

Mais il est vrai que c’est surtout pendant l’Affaire Dreyfus que j’ai pu affirmer mon point de vue. Je suis devenu rédacteur de L’Aurore à cette période. Par cette Affaire j’ai vraiment pris conscience de l’importance de l’antisémitisme dans la société et qui a poussé à bannir le capitaine Dreyfus.

C’est d’ailleurs en partie grâce à cet engagement dans l’Affaire que le camp dreyfusard est parvenu à prendre le dessus.

Oui, en 1898, comme vous le savez, Zola a publié dans mon journal son célèbre article « J’accuse », dont j’ai d’ailleurs trouvé le titre. C’est cet article qui a vraiment déclenché l’opposition à l’acharnement contre Dreyfus. J’ai dû publier pas moins de 700 articles soutenant l’innocence de Dreyfus pendant toute la durée de l’Affaire. C’est en partie ce qui a permis sa réhabilitation en 1906.

Votre implication se retrouve pendant la Première Guerre mondiale avec la création d’un nouveau journal L’Homme libre où vous diffusez de nombreuses idées tout au long du conflit. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce journal qui marque l’opinion pendant la Grande guerre ?

Quelle aventure ce journal ! Dans mes souvenirs, le premier numéro est sorti en mai 1913. Quand la guerre a éclaté en 14, c’est par L’Homme libre que j’ai pu dénoncé tous les manquements du gouvernement et des armées, et vous vous en doutez, le gouvernement n’a pas tardé à le suspendre.

C’est donc à ce moment-là que vous changez le titre du journal.

Pour moi, pas question d’être soumis à la censure. Un mois plus tard, mon quotidien reparait sous un nouveau titre, chargé de sens : L’Homme enchainé à cause de la censure. J’y ai surtout critiqué le gouvernement en place, qui faisait régner, selon moi, un climat de défaitisme, d’antimilitarisme, de pacifisme, alors qu’il fallait encourager l’effort de guerre.

Cette fibre journalistique vous la conservez après votre retrait définitif de la vie politique où vous vous consacrez pleinement à l’écriture. Qu’avez-vous retenu de cette période ?

Quand je suis arrivé à l’âge de la retraite, j’ai continué à être animé par cette fibre journalistique avec ce besoin d’écrire. J’ai donc créé un nouveau journal que j’ai intitulé L’Echo national. Mais j’ai surtout profité de ma retraite pour publier plusieurs ouvrages, celui sur Démosthène, puis Au soir de la pensée. J’ai toute ma vie été animé par ce besoin de m’exprimer, d’émettre un avis sur ce qui est décidé, sur ce qui se passe, une manière de rester toujours critique pour pouvoir proposer une autre vision des choses.

Merci Georges Clemenceau (Mais merci à vous). Merci pour ces témoignages précieux sur les grands événements qui ont marqué le XIXème et XXème siècles.

Cette interview était presque réelle, elle vous a été présentée par Elise Fouquenelle. Et dans le rôle de Georges Clemenceau, Théo Hooreman, tous deux en Licence 3 Histoire à l’Université Catholique de Lille.

Il s’agit ici d’une reconstitution, Georges Clemenceau étant décédé le 24 novembre 1929, à l’âge de 88 ans.

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